Anne-Marie Boutin n&blAnne-Marie Boutin est la Présidente de l’APCI  (association pour la création industrielle), spécialiste du design. Elle accompagne les entreprises dans leur stratégie d’innovation, conseille les organismes publics, accompagne l’insertion des jeunes diplômés en design, assure la promotion du design et de l’innovation française à l’international !
Pour la Fabrique à Talents, elle nous livre son expérience en matière de formation et sa conception du design !

Dans les ateliers de la Fabrique à Talents, on a beaucoup parlé de « design thinking » pour renouveler les méthodes pédagogiques…
Le design est centré sur les utilisateurs et les usages ; c’est pourquoi il est un moteur de l’innovation, de même qu’un facteur d’humanisation des technologies.
Avoir une démarche « design » relève non seulement d’une capacité créative, mais aussi d’une aptitude à aborder une réalité complexe avec une démarche de projet globale, associant aux composantes rationnelles de la décision, celles de l’intuition et de l’émotion. S’y ajoute le cœur de compétence du designer, sa capacité à se projeter, son talent de mise en forme et de représentation, l’utilisation de modes de communication non verbaux dépassant les cultures et les disciplines, la capacité de rendre les autres plus créatifs.
Pour une structure, le design thinking, c’est une attitude qui permet de faire de tous les acteurs du système de véritables acteurs de la décision, de les rendre plus créatifs et d’accueillir le travail des designers.
Cela concerne bien entendu le système éducatif ! D’ailleurs les pays qui utilisent la démarche de design de service pour faire évoluer leur politique d’éducation sont de plus en plus nombreux.

Pensez-vous que cela puisse être appliqué aux entreprises ?
Bien sûr ! C’est même l’une de nos principales missions à l’APCI.
Les études que nous avons réalisées nous ont convaincus que pour être compétitives les entreprises doivent mettre le design au cœur de leurs compétences et de leur stratégie. Le rôle du designer dans les processus d’innovation et de transformation peut être décisif parce qu’il intègre des aspects fonctionnels, techniques, économiques, environnementaux, culturels, etc. et qu’il contribue à en faire une synthèse. Il ne peut donc s’exprimer qu’en synergie étroite avec l’ensemble des autres acteurs de ces processus. C’est toute l’entreprise qui doit être imprégnée de la culture du design thinking.
De plus, le design partage une réalité avec l’entreprise : il n’y a pas de vérités, seulement des bonnes pratiques ! Elles ne sont pas généralisables, mais seulement inspirantes…

Comment valorisez-vous le rôle du design en entreprise ?
Vaste question !
Notre action phare de ce point de vue est L’Observeur du Design. Il labellise les bonnes pratiques de design et récompense les meilleures. Tous les domaines du design sont concernés : numérique, espace, interface, packaging, culinaire… et bien sûr le design de service ! Les projets labellisés sont exposés tout l’année à la Cité des sciences et de l’industrie et publiés dans un ouvrage édité par Dunod. Cette exposition nous permet aussi d’atteindre le grand public et les enseignants qui actualisent ainsi leurs connaissances sur les métiers du design. La remise des Etoiles est un événement incontournable pour les professionnels, les entreprises et les écoles. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter le site de l’APCI.
Cette sélection annuelle nous a permis de constituer une base cas  que nous utilisons dans nos actions en direction des entreprises et des structures relais de l’innovation, ou des pôles de compétitivité dans des programmes sur mesure.
Elle nous permet également d’assurer la promotion de l’innovation française à l’international.

Comment promouvoir le design sous toutes ses formes à l’école ? Dans nos différents ateliers de la Fabrique à Talents, le design thinking a été beaucoup rapproché de l’enseignement par projet, qui permet de cultiver l’innovation et de développer l’agilité des apprenants… Qu’en pensez-vous ?
« L’enseignement par projet » devrait effectivement devenir un des points forts d’une éducation tournée vers la créativité et l’innovation qu’elle soit technologique, sociale voire sociétale. D’abord parce qu’il  est nécessaire de s’appuyer sur une réalité devenue trop complexe pour être seulement appréhendée discipline par discipline.  Mais aussi parce que c’est un enseignement du « faire » et du « faire ensemble », un enseignement du travail en équipe.
Mais un enseignement par projet n’est pas simplement une suite de projets. Il implique que l’on sache choisir les projets en fonction des besoins des élèves, que ces projets soient menés avec une méthodologie rigoureuse, qu’ils fassent l’objet de « retours d’expérience », que leur impact sur la formation des élèves fasse l’objet d’une évaluation, ainsi que leur articulation avec les enseignements disciplinaires au sein des cursus pédagogiques.
D’où la nécessité d’un « enseignement du projet »  pour les enseignants, et plus généralement pour l’ensemble des personnels impliqués dans l’éducation.
De ce point de vue, le design, démarche de projet créative, constitue une méthode pédagogique précieuse et il me semble important d’introduire le design thinking à l’école.

Cela change le rôle de l’enseignant…
Oui, bien sûr. Cela le rend encore plus passionnant mais également plus difficile.
J’ai pu le constater personnellement car j’ai eu le privilège de pouvoir introduire un enseignement par projet à l’Ecole nationale supérieure de création industrielle/ Ensci/les Ateliers.
J’ai pu constater la difficulté pour les enseignants.
Ils doivent apprendre à mener des projets  collectifs et à gérer des évaluations individuelles, afin de développer  « l’agilité » des élèves et de les conduire progressivement à l’autonomie.