Bruno Salmon-Legagneur est Directeur du Pôle Formation de l’Institut de Recherche Technologique Jules Verne. Il a accepté de partager challenges et projets en matière de formation, de ce centre de recherche mutualisée sur les technologies avancées de production.

La Fabrique à Talents a soulevé dans les différents groupes de travail, la nécessité de favoriser les échanges entre les étudiants, et a fortiori les formateurs, et l’entreprise. Est-ce quelque chose qu’il vous a été facile de mettre en place à l’IRT Jules Verne ?

C’est un élément qui est au cœur même de l’ambition de l’IRT Jules Verne : notre objectif est d’intensifier la dynamique « Industrie-Recherche-Formation » pour permettre de véritables sauts technologiques, sources de compétitivité et de pérennité pour les entreprises et l’industrie française. Avec ses travaux de recherche, il ambitionne de devenir le centre français de recherche technologique de référence pour les technologies avancées de production et de contribuer à la naissance d’une industrie du futur, plus propre et plus sûre !

Mais la diffusion de ces nouvelles technologies dans les filières industrielles impose des besoins de formation qui touchent l’ensemble des métiers, de l’opérateur au docteur. Ceux-ci sont renforcés dans le contexte de la reconversion et du renouvellement des effectifs, de l’enjeu de la transmission de savoirs industriels stratégiques et d’une attractivité à renouveler pour les métiers de l’industrie.

Ainsi, nous avons lancé en mai 2015 « Alternance Manufacturing » un événement dédié au recrutement industriel en alternance (contrat d’apprentissage et contrat de professionnalisation) qui rassemble, sur un lieu unique, les écoles, entreprises industrielles et étudiants des Pays de la Loire. Alternance Manufacturing est aussi un format innovant grâce à une plateforme de mise en relation dédiée qui se concrétise, le jour J, par un programme de rendez-vous préprogrammés. Cette première édition a permis de mettre en relation 50 recruteurs proposant 200 offres, et plus de 350 jeunes ! Les professionnels ont rencontré plus de 60% de jeunes qualifiés pour les postes en alternance qu’ils proposaient. L’opération a été un succès et sera reconduite le 26 avril 2016 !

La notion de dépasser les frontières a été l’un des axes clefs pour les groupes de travail. Cela a été développé non seulement en ce qui concerne les frontières de la matière, avec un volet « innovations », mais aussi pour casser les codes mono-disciplinaires et mono-générationnels. Avez-vous des projets qui vont dans ce sens ?

Par définition l’IRT Jules Verne casse les frontières puisqu’il est multifilières et embrasse quatre filières industrielles majeures : aéronautique, énergie, naval et automobile. Par conséquent, c’est aussi dans l’ADN des actions liées à la formation ! Et puis créer des passerelles entre les besoins industriels et le monde académique, est dans l’axe de dépassement des frontières habituellement posées entre les jeunes en formation et les entreprises. L’IRT travaille ainsi avec et pour un ensemble d’acteurs, dans un contexte de mutualisation, au sein d’un réseau (la JVMV, Jules Verne Manufacturing Valley) d’industriels, de centres de recherche, d’établissements de formation.

Pour répondre à ces questions, nous avons lancé la Manufacturing Academy, une école qui va rassembler des formations industrielles à tous les niveaux. Elle réunira des programmes d’une dizaine d’écoles partenaires dans un bâtiment ultra-moderne, avec une halle technologique accueillant des équipements de pointe, habituellement inaccessibles aux écoles. Cette Manufacturing Academy, véritable « école du futur » pourra accueillir jusqu’à 500 personnes ! Elle permettra des brassages extrêmement intéressants entre des structures d’enseignement supérieur et secondaire, publiques et privées, des formations initiales et continues, et les projets mixeront différents niveaux d’étudiants. Des CAP pourront ainsi travailler avec des Ingénieurs et des Doctorants sur les mêmes projets, chacun apportant ses compétences.

Cette transversalité due au mode participatif de cette nouvelle structure va créer des synergies et des idées nouvelles, ce qui devrait permettre d’être à l’avant-garde des tendances et de faciliter le travail de prospective mené par l’IRT Jules Verne.

Dépasser les frontières, c’est aussi aller à l’international…

Oui, c’est quelque chose dont nous avons bien conscience, beaucoup d’écoles développent des programmes internationaux et on ne peut qu’encourager ces démarches. L’IRT Jules Verne travaille à permettre aux étudiants, y compris dans les niveaux CAP et BTS, d’obtenir une qualification internationale.

Non seulement l’IRT œuvre avec ses partenaires pour que les formations diplômantes soient aussi qualifiantes, mais nous mettons aussi l’accent, pour des sujets qui s’y prêtent, sur une harmonisation de formations à des critères de qualification internationaux. Sur le soudage par exemple, nous avons travaillé avec les organismes de formation pour donner un contenu international à des formations, en partenariat avec des Fédérations professionnelles et des DRH.
Là encore, vous retrouvez ce pont entre monde académique et monde professionnel…

L’IRT Jules Verne a aussi lancé une réflexion prospective sur les métiers de demain et s’est en premier lieu penché sur les métiers de la soudure. Quelle est votre approche dans ce projet ?

Nous sommes partis du constat que des industriels cherchent des jeunes qualifiés car ils ont des postes à pourvoir d’une part, et que les métiers évoluent d’autre part.
Pour prendre l’exemple des métiers de la soudure sur lesquels nous avons travaillé, les entreprises ne trouvent pas de soudeurs qualifiés lorsqu’elles cherchent à recruter. Elles ont besoin par ailleurs de personnel d’encadrement de leurs ateliers soudage qu’elles ne trouvent pas non plus, et parallèlement, les métiers de la soudure évoluent énormément, notamment avec la robotisation.

Nous avons donc réuni des professionnels et des organismes de formation pour réfléchir à ces problématiques : développer les formations qui permettent aux entreprises de recruter des soudeurs, travailler sur l’attractivité des métiers de la soudure, et enfin, enrichir les formations de contenus qui permettent aux jeunes de la filière de suivre des formations tournées vers l’avenir.

Ainsi, nous lançons avec nos partenaires de l’université de Nantes une Licence soudage qui n’existait pas, intégrant un contenu d’une qualification internationale de soudage. Nous avons œuvré par ailleurs avec le secteur naval au lancement d’un nouveau CAP de soudage. De plus, comme je le mentionnais plus tôt, nous recherchons à ce que les formations intègrent l’obtention de qualifications, qui sont habituellement hors du champ des formations diplômantes. Enfin nous anticipons une montée en puissance des méthodes de soudage robotisées, ceci conduira à intégrer des éléments de pilotage de robots dans les formations.

Ce ne sont que quelques exemples de notre méthodologie appliquée à la soudure, mais nous comptons l’étendre à d’autres métiers du métal, des plastiques et composites et de la mécanique, notamment les métiers en tension, pour lesquels il est difficile de trouver aujourd’hui le personnel qualifié.

Merci de nous avoir accordé votre temps !

Découvrez-en plus sur le site de l’IRT Jules Verne, Facebook et Twitter : @IRTJulesVerne