PortraitRJAMESAprès un doctorat en climatologie et de nombreuses expériences de médiation scientifique, Ronan JAMES rejoint l’association Les Atomes Crochus en tant que responsable de projets collaboratifs et co-fonde dans la foulée l’association Doc en Stock. Elle incite les doctorants à faire sortir leurs recherches des labos et à les partager avec le public, et propose aux chercheurs des actions qualitatives offrant une forte visibilité au sein de projets innovants. Depuis 2014, il dirige le PROTO204, un lieu dédié à l’innovation collaborative à Paris-Saclay.

Pourriez-vous nous décrire les activités de PROTO204 en quelques mots ?
Il s’agit d’un lieu d’innovation collective ouvert en 2014 par l’Etablissement public Paris-Saclay (EPPS) dans une halle réhabilitée qui se situe au cœur de l’Université Paris Sud. Plus largement, le PROTO204 se situe sur le territoire de Paris-Saclay où se développe un projet scientifique et économique exceptionnel. PROTO204 propose conférences, expositions, ateliers pour tous, rencontres informelles autours de présentations d’initiatives individuelles ou partenariales, « barcamps », « hackathons », etc. Plus de 200 événements et 5°000 innovateurs ont pris place au PROTO204 en 1 an et demi !

C’est en quelque sorte un lieu d’ouverture à « l’ouvert », que représente le projet initial ! Ni les organisateurs, ni les participants ne savent exactement à l’avance comment leur projet va évoluer, mais ils ont tous bien compris la valeur de l’intelligence collective et comment favoriser son émergence. Il s’agit de catalyser des rencontres d’acteurs venus d’horizons divers (chercheurs, étudiants, designers, responsables de transfert de technologies, mais aussi créateurs de start-up, responsables de R&D privée…) au carrefour de communautés de l’innovation technologique et sociale. En effet, l’une des particularités de PROTO204 est d’être porté par un établissement public (EPPS) avec le soutien de deux partenaires fondateurs : l’Université Paris-Sud et l’éditeur de design VITRA.

Lors de notre entretien informel, vous avez insisté sur l’importance du lieu… Dans son ouvrage Internet Architecture & Innovation paru aux éditions du MIT, Barbara van Schewick avance l’idée que le feu d’artifices d’innovations lié à Internet n’est pas un phénomène accidentel, mais bien plutôt la résultante de l’architecture même du web, de sa structuration au regard de choix techniques qui ont été faits à ses débuts.

Pensez-vous que l’architecture ait un effet structurant sur la pensée et l’innovation ? Comment PROTO204 s’inscrit-il dans cette démarche ?
Clairement, oui ! PROTO204 fonctionne comme un Tiers-Lieu, c’est-à-dire un espace physique d’ouverture, de rencontres entre personnes et compétences variées. Il s’agit d’une véritable approche sociologique des territoires, car il ne s’agit pas d’une location de salle de réunion, mais d’une mise en réseau et de la création de véritables écosystèmes autour de chaque projet qui passe par le PROTO204. A partir du moment où l’on intègre cette donnée, le concept de « tiers-lieu » implique en lui-même un changement de paradigme dans les méthodes de travail, qui sont donc plus axées sur le réseau, le co-design, la co-construction de projets…

Au sein même du lieu, les espaces sont répartis pour favoriser mixité et petits groupes de travail répartis pour soutenir le dynamisme de l’écosystème de l’innovation culturelle. Le soutien à l’innovation n’est pas un slogan, mais une conviction pour laquelle nous travaillons chaque jour avec des dizaines d’innovateurs sur le terrain.

Nos équipes détectent les startups, les institutions, les donneurs d’ordre, les organismes publics, les porteurs de communautés et influenceurs du secteur, bref, tous les acteurs qui pourraient permettre aux partenaires de s’ouvrir à une meilleure compréhension des drivers d’innovation de leurs marchés, et ainsi d’accélérer l’émergence ou la mise sur le marché de leurs innovations.

Le mot « ouverture » revient souvent dans votre discours. Plus concrètement, vous semblez placer l’ouverture comme pivot de l’innovation. Comment cela se traduit-il dans votre structure ?
L’ouverture est pivot dans le sens où elle permet de créer et de fédérer un cercle vertueux autour d’un projet. Notre rôle est d’accompagner les acteurs qui nous sollicitent dans l’émergence de leur projet et d’animer un écosystème autour de ce dernier. Nous ne sélectionnons pas les projets, nous développons une approche au cas par cas, en cherchant des contacts et en travaillant à créer et connecter une chaîne de partenaires. C’est ce brassage de communautés qui permet à notre plateforme de générer l’innovation.

L’ouverture est donc dans l’ADN de PROTO204, elle réside aussi bien dans l’ouverture de la programmation, que dans l’ouverture aux autres.

D’une part, le lieu accueille des projets aussi divers qu’une application pour les secours en haute montagne ; la création d’une communauté ayant pour vocation de réunir tous les boursiers doctorants et post-doctorants internationaux des établissements membres de l’Université Paris-Saclay, issus notamment du programme européen Marie-Curie ; ou encore des ateliers de formation sur les datasciences pour la recherche.

Et d’autre part, ce que viennent chercher les différents think-tanks, c’est l’altérité liée à l’ouverture du réseau qu’anime tous les jours l’équipe de PROTO204. Tisser de nouveaux liens, et faciliter l’émergence de nouvelles communautés aux origines a priori hétérogènes est notre cœur de métier. L’enjeu est de favoriser l’émergence de prototypes d’innovations, technologies ou services, qui pourront ensuite être mis en œuvre par ceux qui en sont à l’origine.

PROTO204 réalise donc un véritable travail de réseau. Pourriez-vous nous donner un ou plusieurs exemples qui explicite(nt) le fonctionnement de l’activation de votre réseau ?
Lorsque nous sommes sollicités pour un projet, nous organisons des temps de rencontre pour discuter des contributions attendues, des expertises recherchées, etc.
Nous avons par exemple recherché des entrepreneurs pour accueillir une Master Class. L’idée est de permettre à des étudiants-entrepreneurs de bénéficier de l’expérience de startuppers emblématiques de la communauté du PROTO204,  de travailler leurs réseaux pour les stimuler, aussi bien sur le plan managérial que sur l’imagination de solutions innovantes.

Nous nous inscrivons aussi au cœur de réseaux existants, pour les élargir. C’est le cas par exemple lorsque nous nous impliquons au sein du Hello Tomorrow Challenge, un concours pour les start-ups. PROTO204 était ambassadeur pour la 2ème année de ce succès et a organisé plusieurs événements en amont, afin de mobiliser les acteurs. Nous avons donné l’impulse pour mobiliser les territoires autour de projets… Et ce sont au final 1/3 des projets lauréats qui sont issus de Paris-Saclay. Nous comptons bien réitérer cette expérience en 2016 !

Vous accueillez énormément de communautés diverses. Est-ce que PROTO204 favorise aussi des passerelles entre l’école et le monde professionnel ?
Oui ! Les étudiants peuvent à tout moment discuter avec des professionnels ! Ils peuvent se confronter à la concrétude de la vie professionnelle : ses problématiques, les réalités métiers, etc. Les échanges apportent d’ailleurs souvent aux jeunes une maturité qui peut les servir dans leurs entretiens de stage, etc.

L’un des points de départ de la Fabrique à Talents a été axé sur l’émergence, plus que de nouveaux métiers, de nouvelles compétences requises par les industriels. Vous voyez passer beaucoup de projets… Pourriez-vous nous donner des exemples de nouvelles compétences que vous voyez émerger ?
Notre lieu fonctionne comme un véritable observatoire des tendances ! Nous avons bien sûr une vision des tendances métiers émergentes, et notamment sur les nouvelles formes de management liées aux nouvelles organisations, à l’entreprise libérée… Cela va contribuer à l’émergence de nouvelles compétences, car les « employés libérés » sont eux-mêmes force de proposition, chacun devient acteur de l’identification des problèmes et de propositions de solutions…

Ces nouveaux métiers sont aussi liés à de nouvelles technologies, notamment issues du monde numérique ! Demain, avoir une imprimante 3D chez soi sera aussi courant qu’une imprimante à jet d’encre dans les années 2000.

C’est l’une des raisons pour lesquelles nous souhaitons ouvrir dans les prochains mois un fablab numérique au sein de PROTO204.

 

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